House of the Dragon saison 3 : enfin la guerre, mais pas encore la grande série
Attention, spoilers sur toute la saison 3.
Trois saisons que House of the Dragon nous promet la Danse des Dragons. Trois saisons que les personnages se regardent en chiens de faïence, déplacent leurs pions et expliquent que la guerre va être terrible.
Et cette fois, ça y est : la guerre est vraiment là.
Alors est-ce que ça suffit à faire de cette troisième saison une grande saison de télévision ? Pas vraiment.
Mais est-ce qu'elle est réussie ? Oui.
Avec quelques excellents personnages, quelques intrigues franchement réussies… et quelques autres dont on se demande encore ce qu'ils faisaient là.
Rhaenyra devient enfin celle qu'on nous avait annoncée
C'est probablement l'évolution la plus évidente de la saison.
Rhaenyra devient progressivement plus dure, plus autoritaire et surtout beaucoup moins tolérante envers ceux qui se mettent sur son chemin. Son parcours est intéressant parce qu'elle commence réellement à comprendre ce que signifie gouverner en pleine guerre.
Mais le problème, c'est que c'était écrit sur son front depuis le début.
Alicent nous avait déjà prévenus : le pouvoir allait changer Rhaenyra. Et finalement, c'est exactement ce qui se produit.
Plus elle souffre, plus elle perd des proches, plus elle s'enferme dans sa vision de sa propre légitimité. Jusqu'à atteindre une forme de radicalisation qui la rapproche de la dirigeante que ses ennemis décrivent depuis le début.
C'est cohérent, mais parfois un peu trop cliché. On aurait aimé davantage de nuances, davantage de surprises. Parce que transformer progressivement un personnage en antagoniste à force de lui faire subir des traumatismes, c'est une mécanique assez classique. Cela reste néanmoins l'une des évolutions les plus intéressantes de la saison.
Aegon, la vraie réussite
Et à l'inverse, il y a Aegon. Quelle bonne surprise.
Le personnage que l'on pouvait facilement résumer au roi irresponsable, alcoolique et immature devient progressivement beaucoup plus intéressant.
Après avoir été laissé pour mort, Aegon doit apprendre à vivre avec ses blessures, avec la perte de son statut et avec la certitude que tout le monde veut désormais sa mort. Et puis il retrouve Sunfyre.
Son dragon, que l'on croyait condamné, revient lui aussi. Leur réunion fonctionne particulièrement bien parce qu'elle accompagne la transformation d'Aegon. Il ne devient pas soudainement un héros. Et c'est justement ce qui fonctionne. Il reste Aegon. Mais il devient plus lucide, plus déterminé et surtout beaucoup plus conscient de ce que représente réellement la couronne.
C'est probablement le personnage qui connaît l'évolution la plus réussie de la saison.
Daemon : enfin une évolution qui a du sens
Après une deuxième saison passée à Harrenhal à halluciner et à faire des rencontres plus ou moins étranges, Daemon finit enfin par arriver quelque part.
Et son évolution est particulièrement intéressante parce qu'il comprend progressivement que son obsession du pouvoir n'est peut-être pas ce qui compte le plus.
Son lien avec sa fille est également essentiel. Car la situation devient particulièrement tragique lorsqu'elle tue le fils de Rhaenyra. Le conflit familial devient alors beaucoup plus personnel : les enfants paient directement les conséquences des décisions de leurs parents.
Daemon se retrouve ainsi confronté à quelque chose qu'il avait toujours eu du mal à accepter : il ne contrôle pas les personnes qu'il aime, pas plus qu'il ne contrôle la guerre qu'il contribue à provoquer. Et surtout, après tout ce qu'il a fait, il finit par comprendre quelle place il doit occuper dans cette histoire.
Il ne cherche plus forcément à être le roi. Il choisit finalement d'être celui qui aide Rhaenyra à le devenir.
C'est probablement l'une des conclusions les plus satisfaisantes de son arc.
Daeron, le personnage qui pourrait devenir essentiel
Autre bonne surprise : Daeron. Son intérêt vient justement de sa dualité. D'un côté, il est présenté comme le plus doux et le plus humain des fils d'Alicent. De l'autre, il devient progressivement un acteur majeur de la guerre et doit accepter de commettre des actes qui sont totalement incompatibles avec l'image que l'on avait de lui. Et c'est là que le personnage fonctionne. Daeron n'est pas simplement « le gentil Targaryen qui devient méchant ».
Il est quelqu'un qui se retrouve coincé entre ce qu'il est et le rôle que la guerre lui impose.
Cette contradiction pourrait devenir particulièrement intéressante pour la dernière saison.
Ulf : difficile de savoir quoi en faire
Et puis il y a Ulf. Là, c'est plus compliqué. Le personnage apporte évidemment une dimension différente à la guerre : quelqu'un issu du peuple, qui découvre soudainement qu'il possède du sang Targaryen et peut monter un dragon. Mais son comportement devient rapidement agaçant.
Et surtout, il donne parfois l'impression d'être utilisé comme une sorte de ressort comique au milieu d'une intrigue qui devrait être beaucoup plus dramatique. Le contraste peut fonctionner ponctuellement.
Mais à force, Ulf devient surtout un personnage qu'on attend de voir faire une connerie.
Et malheureusement, ce n'est pas forcément suffisant pour construire un personnage intéressant.
Ormund Hightower : le méchant qui ne supporte pas les mauvaises odeurs
Il y a des personnages que House of the Dragon prend très au sérieux. Et puis il y a Ormund Hightower.
Parce qu'à côté de son rôle de chef militaire impitoyable et de représentant de la famille Hightower, Ormund possède un petit problème pour le moins… encombrant : un odorat extrêmement développé. Le moindre parfum désagréable peut lui donner la nausée, voire le faire vomir. Et le contraste est assez hilarant.
D'un côté, on a un personnage qui incarne parfaitement le cliché du seigneur de guerre froid et cruel. De l'autre, il suffit qu'une odeur un peu trop forte arrive jusqu'à ses narines pour que le terrible Ormund Hightower soit immédiatement mis à terre.
C'est presque un gag de cartoon au milieu d'une série qui se veut pourtant extrêmement sérieuse. Mais le meilleur arrive évidemment à la fin.
Son odorat est directement responsable de sa mort.
Ormund se retrouve confronté à une situation où les odeurs deviennent insupportables, et son fameux nez finit par lui faire perdre les moyens au pire moment. Ce qui aurait pu être un simple trait comique devient donc littéralement son talon d'Achille.
Et c'est probablement ce qu'il y a de plus drôle dans le personnage.
Parce qu'Ormund est finalement assez cliché dans tout le reste : le Hightower ambitieux, violent, sûr de lui, prêt à tout pour faire gagner son camp.
Mais au milieu de cette brutalité, les scénaristes lui ont donné le défaut le plus ridicule possible.
Et ils sont allés jusqu'au bout du concept.
Ormund ne meurt donc pas seulement parce qu'il est du mauvais côté de l'histoire.
Il meurt, en partie, parce qu'il a un nez beaucoup trop sensible.
Difficile de trouver une manière plus humiliante de quitter la Danse des Dragons.
Aemond, toujours aussi impressionnant… mais pour quoi faire ?
C'est probablement la plus grosse déception. Aemond est l'un des personnages qui avait le plus de potentiel après la saison 2. Et pourtant, son intrigue donne parfois l'impression de ne servir qu'à préparer la suite.
Son passage à Harrenhal, ses interactions, ses tourments… tout cela est intéressant pris séparément.
Mais quand on regarde l'ensemble de la saison, on se demande : qu'est-ce que cette storyline a réellement changé ?
Aemond reste Aemond. Il est toujours dangereux, toujours obsédé par le pouvoir et toujours aussi imprévisible. On aurait aimé que cette saison le fasse réellement évoluer.
La guerre commence enfin
Et c'est finalement lorsque la série arrête de préparer la guerre qu'elle devient vraiment bonne.
Tumbleton montre enfin ce que la Danse des Dragons peut produire lorsqu'elle est réellement lancée : des dragons qui brûlent des armées, des alliances qui s'effondrent, des personnages qui changent de camp et surtout une guerre qui devient incontrôlable.
La série réussit alors à retrouver cette sensation qui faisait la force de Game of Thrones : personne n'est vraiment gagnant.
Même les vainqueurs ressortent détruits.
Et c'est exactement ce que l'on veut voir dans une histoire comme celle-ci.
Une saison réussie… mais frustrante
C'est probablement ce qui résume le mieux cette saison. Il y a d'excellentes idées. Aegon et Sunfyre sont une réussite. Daemon termine enfin son évolution de manière satisfaisante. Daeron est prometteur. Rhaenyra devient progressivement une dirigeante beaucoup plus inquiétante.
Mais il y a aussi beaucoup de frustration.
Aemond semble tourner en rond. Ulf est parfois plus agaçant qu'intéressant. Certains personnages secondaires sont sous-exploités. Et le rythme reste encore trop irrégulier.
Après trois saisons, House of the Dragon continue donc d'être une série qu’on aime regarder tout en ayant régulièrement envie de lui dire :
« Mais allez, avance un peu ! »
La bonne nouvelle, c'est que la quatrième saison sera la dernière.
Et maintenant que la guerre est réellement lancée, il n'y a plus vraiment besoin de préparer quoi que ce soit.
Il ne reste plus qu'à regarder Westeros brûler.
Verdict : 7/10
Une saison imparfaite mais avec de très belles évolutions de personnages, un Aegon particulièrement réussi et un Daemon enfin intéressant dans sa relation au pouvoir. Reste à espérer que la dernière saison saura transformer tout ce potentiel en véritable conclusion à la hauteur de l'univers.
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